PREMIER EMPIRE. - ROGUET (François).

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PREMIER EMPIRE. - ROGUET (François).

Manuscrit autographe intitulé "Mémoires militaires du lieutenant général comte Roguet". In-folio, environ 500 pp. sur une colonne, ratures, ajouts et corrections, demi-basane brune, dos manquant, coins usagés (reliure vers 1830). Première partie de ces importants mémoires militaires, particulièrement riche sur les opérations françaises en Italie (1793-1800). Ces mémoires furent publiés en quatre volumes de 1862 à 1865, mais dans un texte très remanié par un "teinturier". Le présent texte autographe, plus percutant que la version imprimée, révèle la voix authentique du général. Ainsi, dans ce passage du récit de la bataille de Dego (14-15 avril 1796) : Version autographe : "L'ennemi fit un feu épouvantable d'artillerie et de sa mousqueterie. Nous nous emparâmes successivement de tous les retranchements et gagnâmes enfin la hauteur du village. Alors le désordre fut à son comble. La tête de la division Laharpe avoit déjà paru sur les derières de la droitte de l'ennemi. Nos grenadiers avoint pris position sur la route de Spino où ils avoint fait prisonnier un régiment autrichien... Au jour le 15 avril 1796, la fusillade des Autrichiens nous annonça qu'ils étoient en présence. L'on conçoit l'effet que produisit cette attaque inattendue. Nos troupes surprises ne firent que peu de résistance, elles se mirent en déroute. Dego fut évacué... Le général Masséna arrive, il n'est plus temps d'arrêter le désordre, il court même risque d'être fait prisonnier... On prend des dispositions pour attaquer de nouveau les positions dont nous venions d'être chassés. À peine le feu avoit cessé qu'il recommence. Ces deux divisions marchent sur Dego avec une ardeur difficile à décrire. Le terrein nous étoit disputé pied à pied. Nous avions vaincu la veille et à l'instant même l'ennemi venoit de vaincre. Ce dernier enhardi par le succès qu'il vient d'obtenir sort des retranchements pour venir nous charger. Il est reçu par un feu bien nourri qui fait reculer tout ce qui n'est pas atteint ou tué. Le champ de bataille est couvert de morts et de mourants. L'ardeur françoise l'emporte. Nous reprenons Dego dont deux heures avant nous avions honteusement été chassés. Le poste est emporté à la bayonnette. Les hauteurs toutes couvertes de morts autrichiens. Tout ce qui veut tenir dans les retranchements est assomé à coups de crosses de fusils. Nous fîmes 1500 prisonniers et reprîmes tous les canons que nous y avions abandonnés..." Version imprimée : "L'adversaire, témoin de nos beaux mouvements, nous attendait fièrement en bataille sur la colline, dont il couronnait avec intelligence la crête ; bientôt le feu de son artillerie commença de la manière la plus vive. Nos colonnes ne laissaient pas de gagner du terrain : celle de droite, où étaient les grenadiers, au lieu de marcher à Dego, arriva, par un long circuit, sur les derrières de l'ennemi. Là, elle rencontra, sur la route d'Acqui, un régiment autrichien qui venait renforcer l'armée : elle l'attaque avec vigueur et le force à la retraite [...]. Au point du jour, le 15 avril, la fusillade, les cris aux armes ! nous annoncent la présence de l'ennemi ; nos troupes les plus avancées sont surprises et opposent peu de résistance ; elles se replient en désordre et jettent l'alarme dans le camp. Les soldats sortent des maisons et des rues latérales ; les chefs s'efforcent de former les compagnies, les bataillons ; les uns cherchent leur demi-brigade ; d'autres appellent les camarades à côté de qui ils préfèrent combattre ; les officiers, au milieu d'une telle échauffourée, n'ont plus à diriger, mais à imiter les plus braves [...]. Cependant Masséna avait déjà tenté en vain de lutter sur divers points. En ce moment, il arrive à nous et se jette aussitôt au plus fort de la mêlée. Dans une telle confusion, sa voix est à peine entendue ; ses inspirations demeurent impuissantes. Notre général est sur le point d'être pris lui-même ; il cède, d'abord, avec rage, au torrent qui refoule tout en arrière de Dego [...]. Masséna [...] montre Dego avec colère et donne le signal d'une nouvelle attaque. Le feu avait à peine cessé qu'il recommença plus vif [...]", etc. Le général Roguet, "type même du grenadier à pied, de ces fantassins infatigables" (Jean Tulard). Fils d'un serrurier toulousain, François Roguet (1770-1846) était soldat au régiment d'Infanterie de Guyenne quand survint la Révolution. Il fut de presque toutes les campagnes jusqu'en 1815 : à l'armée d'Italie de 1793 à 1800, il fut blessé à Savone et gravit les échelons jusqu'à être nommé colonel en 1799. Général de brigade en 1803 puis de division en 1811, il servit en Autriche, en Prusse et en Pologne (1805-1807, blessé et prisonnier à Guttstadt), s'illustra à nouveau en Autriche (1809, Essling et Wagram), participa aux opérations en Espagne (1808 et 1809-1812), fit partie de la Grande Armée en Russie (1812, La Moskowa, Krasnoïé), et combattit encore en Allemagne (1813, Lutzen, Bautzen, Leipzig, Hanau, blessé à Dresde) et aux Pays-Bas (1813-1814). Rallié à l'Empire durant les Cent-Jours il fut du nombre des officiers de Waterloo. Napoléon le fit baron en 1808, comte en 1814, et l'un de ses chambellans en 1813. Louis-Philippe reconnut ses mérites en l'élevant à la pairie en 1831. Manuscrit enrichi de plusieurs pièces : - Championnet (Jean-Étienne Vachier, dit). Lettre autographe signée du général à François Roguet, La Pietra, 24 novembre 1799. - Dessolle (Jean-Joseph-Paul-Augustin). 2 lettres et une pièce signées du général, adressées à François Roguet, 11 et 23 prairial an VII [30 mai et 11 juin 1799], concernant la prise d'Oneglia. - Filangieri (Carlo). Lettre autographe signée du général à François Roguet. Naples, 29 juin 1838. - Filippa della Martiniana (Carlo Giuseppe). Placard imprimé, s.d., proclamation de l'évêque de Verceil appelant à la fraternité avec la France ("La Grande Nazione"). - Ritter (François-Joesph). Copie manuscrite de son "Mémoire détaillé sur la situation de l'armée d'Italie... Savonne, le 7 nivôse de l'an 4 [28 décembre 1795]". - Roguet (François). 4 placards imprimés, mai-septembre 1799, proclamations aux Liguriens, dont une avec apostille signée par le général Championnet. - La copie certifiée conforme (en 1836) d'une lettre du ministre de la Guerre à François Roguet (1802).
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