Joris-Karl HUYSMANS (1848-1907) Manuscrit autographe signé, Les Carmels de Paris, ; 13 pages in-fol. découpées pour l'impression et recollées au papier gommé, reliées en un volume in-fol. demi-maroquin noir à coins (J. Faki). Manuscrit complet des trois articles publiés dans L'Écho de Paris les 1er, 15 et 29 mars 1899, formant le texte recueilli dans De Tout (Stock, 1902). Le manuscrit présente des ratures et corrections, et des additions interlinéaires. Le premier article retrace l'histoire des Carmels en France : « La fondatrice des Carmélites réformées en France fut, comme on le sait, Mme Barbe Avrillot, épouse de M. Acarie, maître des Comptes », à la suite d'une vision de Sainte Térèse… « Le 16 8bre 1604, elles firent leur entrée à Paris et, le lendemain, Mme de Longueville les installa dans leur nouvelle demeure ; leurs premières novices furent choisies dans une sorte de séminaire de jeunes filles que Mme Acarie avait organisé chez elle, au grand déplaisir de son mari que les leçons d'ascétisme n'égayaient guère »… Il évoque la polémique entre Bérullistes et Térésiens, mais, au-delà des rivalités d'obédience du Carmel, les carmélites « n'en remplissent pas moins, les unes comme les autres, l'oeuvre de réparation et de satisfaction que voulut leur vraie fondatrice, l'admirable Térèse de Jésus. Par l'oraison et par la pénitence, elles travaillent à l'expiation des péchés des autres, à la conversion des hérétiques et des pécheurs ; elles s'efforcent de réparer les avaries des prêtres, d'obtenir des grâces pour le clergé qui en a fort besoin ; elles peinent, en un mot, pour le triomphe de l'Église. Prier et souffrir, c'est le Carmel ». Le second article décrit la vie quotidienne des carmélites, suivant une règle stricte et austère. Puis Huysmans en vient « aux trois Carmels que détient Paris », tous sortis du premier couvent installé par la princesse de Longueville « dans le prieuré bénédictin de Notre-Dame-des-Champs » qui prit le nom de « monastère de l'Incarnation », mais qui tombait en ruines, et fut reconstruit dans l'actuelle rue Denfert-Rochereau. Huysmans le décrit, avec sa chapelle laide mais « recueillie et très intime », où il a assisté « un hiver, à une grand'messe, à une messe de navrement ». Le troisième article rappelle le second Carmel, fondé en 1616 « par les soins de dame Catherine de Gonzagues-Clèves, duchesse de Longueville », rue Chapon, « transféré plus tard sur la paroisse de Saint-Nicolas-des-Champs, dans l'hôtel dit de Châlons », et disparu en 1790. Puis il en vient « à un autre ascétère qui existe encore, de nos jours, au n° 26 de l'avenue de Saxe », d'abord érigé rue du Bouloy par la reine Marie-Térèse, dont Huysmans raconte l'histoire avant de décrire le nouveau couvent, construit en 1854, et l'église, « médiocre pastiche » de style gothique : « Ce sanctuaire devient singulièrement mystérieux quand, dans cette nuit, l'on écoute gémir les Carmélites ; il sort ainsi qu'un vent d'hiver de leur grille et 1'âme se replie, glacée sur elle-même, et s'examine. L'on peut s'y faire souffrir dans cette église-là, et c'est bon »… Il finit par le dernier Carmel, « situé au n° 23 de l'avenue de Messine ; il est la seule maison de cette avenue, bordée de constructions de luxe, qui soit propre ; il apparaît recueilli et charmant, dans sa petite robe gothique, au milieu de tous ces hôtels qui s'alignent, prétentieux et rigides, neufs et bêtes. […] Quelques personnes vont encore prier à la rue Denfert et à l'avenue de Saxe ; mais ici, à l'avenue de Messine, il semble que jamais âme ne vienne, car, dans la semaine, la porte de l'église est toujours close. Il faut demander la clef à la tourière pour y pénétrer. […] Cette petite église est, en somme, aimable et elle est un havre dans ce quartier si peu religieux, dans cette avenue habitée par des propriétaires, par des agents de change, par des banquiers, et il faut avouer qu'elles ont bien à prier, les braves sœurs, pour compenser les immondices commises par la tourbe des Juifs établis à deux pas de chez elles, près du Parc ! »… On a joint le numéro des Hommes d'aujourd'hui consacré en 1885 à Huysmans, avec sa caricature en couleurs par Coll-Toc [A. Collignon et G. Tocqueville], et la notice rédigée par Huysmans lui-même sous le pseudonyme d'A. Meunier. On joint un petit dossier iconographique sur Huysmans (2 photographies, portrait gravé, dessins et gravures de Ch. Jouas) ; 6 plaquettes sur Huysmans ; plus Henri Calet, Les Murs de Fresnes (Éd. des Quatre Vents, 1945, cart.) ; et Henri Michaux, Portrait d'homme (La Maison des Amis des Livres, 1992, br.).
Estimation
1 500 € - 2 000 €
Résultat
1 800 €
Frais de vente
26,4%
Joris-Karl HUYSMANS (1848-1907)
Manuscrit autographe signé, Les Carmels de Paris, ; 13 pages in-fol. découpées pour l'impression et recollées au papier gommé, reliées en un volume in-fol. demi-maroquin noir à coins (J. Faki).
Manuscrit complet des trois articles publiés dans L'Écho de Paris les 1er, 15 et 29 mars 1899, formant le texte recueilli dans De Tout (Stock, 1902). Le manuscrit présente des ratures et corrections, et des additions interlinéaires.
Le premier article retrace l'histoire des Carmels en France : « La fondatrice des Carmélites réformées en France fut, comme on le sait, Mme Barbe Avrillot, épouse de M. Acarie, maître des Comptes », à la suite d'une vision de Sainte Térèse… « Le 16 8bre 1604, elles firent leur entrée à Paris et, le lendemain, Mme de Longueville les installa dans leur nouvelle demeure ; leurs premières novices furent choisies dans une sorte de séminaire de jeunes filles que Mme Acarie avait organisé chez elle, au grand déplaisir de son mari que les leçons d'ascétisme n'égayaient guère »… Il évoque la polémique entre Bérullistes et Térésiens, mais, au-delà des rivalités d'obédience du Carmel, les carmélites « n'en remplissent pas moins, les unes comme les autres, l'oeuvre de réparation et de satisfaction que voulut leur vraie fondatrice, l'admirable Térèse de Jésus. Par l'oraison et par la pénitence, elles travaillent à l'expiation des péchés des autres, à la conversion des hérétiques et des pécheurs ; elles s'efforcent de réparer les avaries des prêtres, d'obtenir des grâces pour le clergé qui en a fort besoin ; elles peinent, en un mot, pour le triomphe de l'Église. Prier et souffrir, c'est le Carmel ».
Le second article décrit la vie quotidienne des carmélites, suivant une règle stricte et austère. Puis Huysmans en vient « aux trois Carmels que détient Paris », tous sortis du premier couvent installé par la princesse de Longueville « dans le prieuré bénédictin de Notre-Dame-des-Champs » qui prit le nom de « monastère de l'Incarnation », mais qui tombait en ruines, et fut reconstruit dans l'actuelle rue Denfert-Rochereau. Huysmans le décrit, avec sa chapelle laide mais « recueillie et très intime », où il a assisté « un hiver, à une grand'messe, à une messe de navrement ».
Le troisième article rappelle le second Carmel, fondé en 1616 « par les soins de dame Catherine de Gonzagues-Clèves, duchesse de Longueville », rue Chapon, « transféré plus tard sur la paroisse de Saint-Nicolas-des-Champs, dans l'hôtel dit de Châlons », et disparu en 1790. Puis il en vient « à un autre ascétère qui existe encore, de nos jours, au n° 26 de l'avenue de Saxe », d'abord érigé rue du Bouloy par la reine Marie-Térèse, dont Huysmans raconte l'histoire avant de décrire le nouveau couvent, construit en 1854, et l'église, « médiocre pastiche » de style gothique : « Ce sanctuaire devient singulièrement mystérieux quand, dans cette nuit, l'on écoute gémir les Carmélites ; il sort ainsi qu'un vent d'hiver de leur grille et 1'âme se replie, glacée sur elle-même, et s'examine. L'on peut s'y faire souffrir dans cette église-là, et c'est bon »… Il finit par le dernier Carmel, « situé au n° 23 de l'avenue de Messine ; il est la seule maison de cette avenue, bordée de constructions de luxe, qui soit propre ; il apparaît recueilli et charmant, dans sa petite robe gothique, au milieu de tous ces hôtels qui s'alignent, prétentieux et rigides, neufs et bêtes. […] Quelques personnes vont encore prier à la rue Denfert et à l'avenue de Saxe ; mais ici, à l'avenue de Messine, il semble que jamais âme ne vienne, car, dans la semaine, la porte de l'église est toujours close. Il faut demander la clef à la tourière pour y pénétrer. […] Cette petite église est, en somme, aimable et elle est un havre dans ce quartier si peu religieux, dans cette avenue habitée par des propriétaires, par des agents de change, par des banquiers, et il faut avouer qu'elles ont bien à prier, les braves sœurs, pour compenser les immondices commises par la tourbe des Juifs établis à deux pas de chez elles, près du Parc ! »…
On a joint le numéro des Hommes d'aujourd'hui consacré en 1885 à Huysmans, avec sa caricature en couleurs par Coll-Toc [A. Collignon et G. Tocqueville], et la notice rédigée par Huysmans lui-même sous le pseudonyme d'A. Meunier.
On joint un petit dossier iconographique sur Huysmans (2 photographies, portrait gravé, dessins et gravures de Ch. Jouas) ; 6 plaquettes sur Huysmans ; plus Henri Calet, Les Murs de Fresnes (Éd. des Quatre Vents, 1945, cart.) ; et Henri Michaux, Portrait d'homme (La Maison des Amis des Livres, 1992, br.).
Vente
vendredi 26 juin・14:00 (Europe/Paris)
Salle 10 - Hôtel Drouot
9, rue Drouot
75009 Paris